L’Université d’Angers de demain

Notre vision de l’Université humaine et éthique de demain

Angers, 2020 – 2024

Depuis le début de la campagne, j’ai rencontré individuellement une cinquantaine de collègues, ainsi que les personnels des huit composantes de l’Université, le personnel de Cholet, les personnels des services centraux, du SUIO-IP, du Lab’UA, du SUAPS, prochainement de la DDN et du SUMPPS, ainsi que les représentants des étudiants et de trois syndicats de personnel. Je prévois de rencontrer aussi les agents de la BU et tous ceux qui le souhaitent encore et je n’oublie pas Saumur. J’ai reçu de nombreux soutiens, mais j’entends aussi quelques commentaires selon lesquels il n’y aurait que peu de différences entre les deux programmes ou que les Présidents, quels qu’ils soient, n’ont pas les moyens de modifier le fonctionnement de l’Université. Il m’appartient ici de contredire ces ressentis en étant plus précis et plus direct dans mes propos.

L’Université que nous souhaitons pour demain est radicalement différente de celle qui se construit depuis deux mandats. Le prochain Président aura de ce fait un rôle crucial soit pour poursuivre et accélérer le processus en cours, soit pour changer en profondeur le fonctionnement et l’état d’esprit de l’Université.

« Changer en profondeur » ne signifie cependant pas « devoir constamment changer » au gré des mandats, des contrats, des appels à projet ou des réformes qui se succèdent et qui nous asphyxient dans notre quotidien professionnel. Nous souhaitons des temps, temps de la mise en place, temps de l’évaluation et temps de la décision concertée.

L’Université que nous souhaitons pour demain est une Université qui évolue autrement dans le respect de ses personnels, de ses étudiants, de ses composantes et services, et de son environnement, et avec le souci d’un équilibre réfléchi entre histoire et traditions d’une part, et évolutions et innovations d’autre part.

Nous parlons beaucoup de transition écologique, à juste titre, et ce sujet n’est plus un sujet uniquement militant ; c’est un sujet qui doit tous nous mobiliser. Mais il faut entendre ici l’écologie au sens large du terme : écologie au sens de développement durable, de préservation de l’environnement et de la biodiversité bien entendu, mais aussi écologie de l’attention et de l’engagement, et écologie au sens d’assouplissement et d’allègement des temps, des rythmes et des organisations. En somme, il s’agit d’une approche écologique qui s’applique aux relations avec nos environnements professionnels, territoriaux, de recherche…

La transition est un passage. De ce fait, l’enjeu pour la société dans son ensemble et pour une Université exemplaire en particulier est de réussir ces transitions dans une perspective de court, mais surtout de moyen et long terme, pour que soit assurés, préservés ou améliorés les principes de respect, de durabilité, d’égalité des personnes et d’équité de traitement des institutions.

Par conséquent, l’Université d’Angers de demain est celle qui aura réussi ses transitions de gouvernance, pédagogiques et scientifiques.

Voici quelques propositions complémentaires.

Transitions politiques – Démocratie et engagements

Une meilleure appropriation par les acteurs passe par une meilleure compréhension des transitions souhaitées.

Nous proposons donc de :

– Garantir que les décisions importantes soient prises après consultations et évaluations, et non plus, comme souvent aujourd’hui, en amont ; elles doivent également dépendre de critères financiers mais aussi extra-financiers.

– Réunir au sein d’un « conseil d’orientations stratégiques » et à la place du comité de direction et du conseil de gouvernance actuels, les doyens et directeurs, les vice-présidents (moins nombreux mais au périmètre élargi), les directrices et directeurs généraux, les directrices et directeurs de services, les représentants des personnels et des étudiants. Que tous soient sollicités et rapprochés des réalités vécues par les uns et les autres au service du bien commun !

– Transformer les conseils centraux en espaces de proposition et d’expression de recommandations et en structures véritablement décisionnaires sur les orientations qui engagent l’avenir. Ces Conseils ne doivent pas uniquement être des chambres d’enregistrement. Ainsi, le CA ne sera plus seulement un conseil d’administration, mais il deviendra aussi un conseil de réflexions et de débats sur les stratégies d’avenir. De même pour la CFVU et la CR… Cette réflexion pourra s’organiser dans des groupes qui auront du temps avant de faire des propositions en lien avec les conseils d’UFR, de laboratoires ou de SFR et les services concernés.

-Mieux valoriser et accompagner les laboratoires et les UFR, Ecoles et Instituts davantage en charge de représenter l’Université ;

– Retourner la formulation des questions pour vote pour plus écouter les élus et donc les rendre plus actifs : au lieu de demander qui s’abstient ou qui vote contre, nous demanderons un vote actif «  qui vote pour ? ».

-Mieux reconnaître les personnes qui s’engagent, celles qui sont élues et aussi celles qui ne le sont pas mais qui se sont présentées aux élections.

Pour cela, nous considèrerons :

Une Direction du Pilotage et de l’Evaluation (DPE) avec moins de missions mais plus de temps et de moyens pour améliorer les évaluations et encore mieux aider à la prise de décision ;

– Des directions de l’international (DI), des enseignements et de la vie étudiante (DEVE), et de la recherche, de l’innovation et des études doctorales (DRIED) qui travaillent davantage ensemble, et en phase avec les services correspondant des UFR, laboratoires et SFR de manière à renforcer les complémentarités et les adossements.

– Un service du personnel plus valorisé et dont l’accessibilité aux personnels soit mieux reconnue ;

– Des antennes universitaires de Cholet, Saumur et des Sables d’Olonne mieux associées aux événements angevins ;

– et une Direction de la communication aux missions renforcées pour valoriser l’Université, sa Fondation et ses membres.

Transitions organisationnelles

Alléger les procédures, prioriser et cadrer les différents programmes qui aujourd’hui s’empilent en se concurrençant, éviter les doublons, et séparer les votes obligatoires, prévus ou imposés par la loi, des votes qui ont déjà eu lieu à un niveau décentralisé. Voici quelques exemples de propositions pour redonner du sens et de la reconnaissance à notre travail.

L’écologie des procédures, leur allègement, dans le respect du droit, permettra d’appliquer davantage le principe de subsidiarité et de réaliser des économies d’énergie, de temps et d’attention dans un plus grand respect des élus et des personnes engagées.

Transitions écologiques

L’université et ses campus, dans la ville, se doivent d’être exemplaires en permettant des économies d’énergie en matière immobilière et numérique, en matière de mobilité, en matière de comportements et d’usages. Une plus grande concertation sera nécessaire sur ces questions essentielles, notamment dans la définition des projets.

Le rapprochement avec l’Université du Mans doit, dans cet esprit d’ancrage territorial, être mesuré, qualifié, quantifié.

Transitions pédagogiques

Il faut que l’Université soit un passage dans la vie des étudiants qui soit formateur, dont ils se souviendront, dont ils sortiront grandis et confiants.

Plus qu’hier, nous devons pouvoir nous adapter à des étudiants aux nouveaux profils, à leur diversité. Cela implique de faire évoluer et utiliser à bon escient les nouveaux outils pédagogiques, numériques notamment, et en combinant au mieux formation initiale et formation en alternance ou par apprentissage, et formation tout au long de la vie. Il s’agit donc d’innover, c’est-à-dire d’améliorer l’existant qui fonctionne bien et de remplacer ce qui doit l’être de manière à encore mieux former les étudiants aux métiers de demain, en lien également avec les nouveaux profils des lycéens.

Réussir cette transition, ce sera réunir toutes les parties prenantes de la pédagogie, en respectant et en s’appuyant sur les compétences de tous. Ainsi, nous avons besoin de :

– Un Lab’UA, un SUAPS et un SUMPPS reconnus comme des services de proximité de pédagogie et de développement personnel, et pas seulement comme des services communs et « techniques » du numérique, du sport ou de la santé ;

– un SUIO-IP et une DFC dont les missions seront encore davantage définies en lien avec les besoins et des attentes des équipes pédagogiques (en matière de prospection des besoins en emplois et en compétences de demain par exemple).

Il faudra donc constamment rechercher le juste équilibre de confiance entre proximité et cadrage, avec pour objectifs ultimes une insertion professionnelle de qualité et un adossement renforcé à la recherche, de la licence à la HDR.

Transitions scientifiques

L’Université de demain devra être davantage respectueuse de ses chercheurs et de celles et ceux qui veulent faire ou refaire de la recherche, sans exclusive. Sa mission sera de libérer les initiatives, de les accompagner en organisant autour de SFR aux périmètres éventuellement renouvelés la réflexion et les rencontres autour de thématiques utiles pour la société, pluridisciplinaires et reposant sur les qualités des équipes angevines. Sans prétention exagérée, mais sans complexe, l’Université d’Angers devra mieux faire connaître et reconnaitre ses atouts scientifiques grâce aux réseaux de ses composantes et de sa Fondation, auprès du monde socio-économique et de ses partenaires nationaux ou internationaux.

L’Université mettra les moyens nécessaires pour que l’Ecole Universitaire de Recherche LUMOMAT-E sur les matériaux se développe et soit un exemple qui permettra ensuite à toutes les autres équipes de déposer elles aussi des projets ambitieux si elles le souhaitent.

En tête de nos objectifs prioritaires en matière de production et de valorisation de connaissances scientifiques, nous aurons le souci d’améliorer et de renforcer les liens et les complémentarités non seulement à l’intérieur même de l’Université, mais également entre l’université et ses partenaires scientifiques, au premier rang desquels nous pouvons citer le CHU. Il s’agira ainsi à l’avenir de mieux reconnaitre l’importance des recherches appliquées, cliniques et précliniques. Les laboratoires et les SFR, en lien avec les UFR et la DRIED, auront un rôle accru à jouer en matière de transversalité et de soutien aux relations partenariales individuelles et collectives.

Dotée d’une taille humaine et de solides atouts, L’Université d’Angers peut être plus ambitieuse en matière de recherche en offrant les conditions pour que davantage d’équipes d’accueil deviennent des UMR, impliquant le CNRS, l’INSERM ou l’INRA.

En résumé, l’Université d’Angers telle je la vois demain sera une Université qui n’imposera rien sans concertations et sans évaluations dignes de son ambition et de ses personnels, étudiants et partenaires. Une Université plus souple, plus respectueuse, plus solidement ancrée sur les transitions qu’elle aura elle-même choisies ! Une Université humaine et éthique !